La question actuelle de l’éducation et de la responsabilité au sein de la famille africaine

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Thème : La question actuelle de l’éducation et de la  responsabilité

au sein de la famille africaine

 

 

 

Introduction

 

Notre contribution se situe sur le comment concilier l’éducation traditionnelle africaine en particulier  et l’éducation moderne aujourd’hui ? Le mariage étant le fondement, le noyau de l’unité familiale dont les deux fins sont le bien des époux et la procréation. Quelle est donc le degré de responsabilité des parents en ce qui concernent l’éducation de leurs enfants ? Saint Jean-Paul II écrit dans Familiaris Consortio que « L’amour est essentiellement don, et quand les parents vivent de cet amour conjugal en se donnant l’un à l’autre, donnent au-delà d’eux-mêmes un être réel, l’enfant »[1]. En devenant parent, poursuit le Saint Père, « Les époux reçoivent de Dieu le don d’une nouvelle responsabilité »[2]. Cette responsabilité parentale, selon Hans Jonas, « est de nature ontologique en ce sens que c’est l’être même du nourrisson, en sa totale dépendance, qui entraine l’obligation inconditionnelle de s’occuper de lui.[3] Cette analyse  pertinente de Hans Jonas semble être aux antipodes du visage de la famille africaine aujourd’hui, laquelle connait une crise multiforme qui fait dire aux anciens que l’éducation moderne est responsable du mal être de nos familles actuelles. Cependant et au-delà de ce conflit générationnel, qui est vraiment responsable de l’éducation des enfants en Afrique aujourd’hui ? Pour tenter de donner une réponse à cette interrogation, nous présenterons brièvement les lignes fortes de ces deux modes de l’éducation et  la vision chrétienne de cette éducation en question.

 

1. Les lignes fortes de l’éducation traditionnelle et de l’éducation moderne

 

Si l’éducation se comprend comme la formation intégrale de l’homme, il y a lieu de penser à une possible conjugaison entre les valeurs de l’éducation traditionnelle et celles de l’éducation moderne. En effet, toute la problématique  réside dans le comment allier les deux systèmes éducatifs et demeurer soi-même sans toutefois s’aliéner ? Nous ne prétendons pas répondre à cette question, mais nous convoquons Cheik Hamidou qui a fait de cette problématique cruciale en Afrique son cheval de bataille : « Si je leur dis d’aller à l’école moderne, ils iront en masse. (...) Si je leur dis de ne pas aller, ils n’iront pas. Leurs maisons tomberont en ruine, leurs fils mourront, ou seront réduits en esclavage »[4]. Or l’Afrique a tant besoin des hommes enracinés dans leurs cultures et performants dans le maniement de la science occidentale. L’Afrique se lasse ainsi de ce type d’homme de culture qui discourt sans appliquer les canons de leur discours[5] .

Au sujet des grandes lignes de nos deux systèmes éducatifs,  l’entreprise de réflexion sur les finalités de l’éducation en Afrique aujourd’hui a pour centre et prétexte le développement de l’Afrique. C’est dire que l’éducation pour l’éducation n’existe pas, elle doit être le moyen de réaliser une société où règnera plus de justice, plus de démocratie, plus de liberté, plus d’épanouissement. Saisir l’éducation dans cette perspective nouvelle est une œuvre de longue haleine qui nécessite l’intervention de tous les canaux sociaux. Dans cette optique Marcus Ndongmo affirme que l’éducation des enfants, à cause de sa complexité et de sa préciosité, demeure une entreprise communautaire[6] qui implique des partenaires. Cependant qu’en est-il de la vision chrétienne ?

2. La vision chrétienne de l’éducation

 

Le concile Vatican II, dans sa déclaration sur l’éducation chrétienne Gravissimum educationis momentum, présente l’extrême importance qu’occupe l’éducation dans la vie de l’homme et son influence sans cesse progressive sur le développement de la société moderne.[7] Quant au sujet des responsables de l’éducation, les Pères conciliaires rappellent aux parents que le fait qu’ils ont donné la vie à des êtres nouveaux, ceux-ci ont la très grave obligation de les élever et, à ce titre, ils doivent être reconnus comme leurs premiers et principaux éducateurs.[8] Dans la même lancée que Vatican II, réaffirmant le rôle et l’importance de la famille, le Pape Benoît XVI souligne dans Africae Munus que «  la mission éducative de la famille chrétienne est un vrai ministère, grâce auquel l’Évangile est transmis et diffusé»[9].  En conclusion, le défi actuel en Afrique est de convoquer ces deux systèmes pour une éducation intégrale de l’homme africain d’aujourd’hui.

                                    Présenté par Ngah Solange, doctorante, UCAC/ICY, filière morale



[1] Jean-Paul II, Exhortation Apostolique Familiaris Consortio, libreria editrice vaticana, Rome,  1981, n° 14.

[2] Id.

[3] Cf. Hans Jonas, Le principe responsabilité. Une éthique pour la civilisation technologique, Cerf, Paris, 1990, p. 189.

[4] Cheik  Kane Hamidou, L’aventure ambiguë, Borgeois, Paris, 1990, p. 44.

[5] Cf. Nguidjol A., Le système éducatif en Afrique noir. Analyse et perspectives, L’Harmattan, Paris, 2007, p. 38.

[6] Cf. Ndongmo Marcus, Sauver la famille africaine. Réflexion sur le mariage comme fondement de la famille, PUCAC, Yaoundé, 2008, p. 48.

[7] Cf.  Concile Oeucumenique Vatican II, Déclaration sur l’éducation chrétienne Gravissimum educationis momentum, Centurion, Paris, 1967, Préambule.

[8] Cf. Concile Vatican II, Constitution dogmatique De Ecclesiae, n° 36.

[9] Benoît XVI, Exhortation apostolique Africae Munus, libreria editrice Vaticana, Rome, 2011, n° 6.

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