La Syrie après la Libye: les maîtres du monde

0 Comment(s) | Posted | by Nathanaël Yaovi Soede |

Pour sauvegarder leurs intérêts, celles de deux des leurs, les grandes puissances adoptent depuis plusieurs mois une position qui ne permet pas d’établir un ordre de paix en Syrie. Que devons-nous faire au niveau éthique chrétien, pour éviter que ces « maîtres » d’aujourd’hui ne soient demain encore les seuls à décider de l’avenir de l’humanité, et que leurs propres intérêts n’empêchent de garantir la justice et la paix partout dans le monde ?

Cette question mérite notre attention au regard de la gravité des conséquences des décisions partisanes des grandes puissances sur le devenir des pays du Sud et de l’humanité entière.

Par exemple, au mois d’Avril 2012, la Communauté Economique des Etats d’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) a été confrontée à l’épineux problème des conséquences de la guerre menée dans la résolution de la crise libyenne. La CEDEAO doit résoudre des problèmes de rebellions armées, d’islamisme sectaire, de partition du territoire du Mali, de réfugiés abandonnés à eux-mêmes, etc. Pendant ce temps, les pays occidentaux qui, contrairement à l’avis de l’Union Africaine, ont opté pour l’offensive militaire en Libye dont résulte cette situation se préoccupent principalement de l’essor politique et économique de leur nation chez eux. Leurs institutions financières et leurs entreprises, elles, se partagent l’exploitation des puits de pétrole et les chantiers des infrastructures économiques en Libye, sous prétexte d’aide et de coopération à la reconstruction du pays de Kadhafi.

« Devons-nous nous laisser enfermer, se demandait J.-M. Ela, dans un univers à trois dimensions qui sont le péché, les sacrements et la grâce au moment où, sous couvert de coopération, des groupes économiques et financiers se disputent librement les terres (...) les mines de bauxite et de cuivre, de diamant (...) et le pétrole, et bien sûr la conscience même du peuple (...)? »

En réponse à une telle interpellation, nous ferions deux observations. La première est que les grandes puissances imposent leur loi au monde parce qu’elles disposent de moyens supérieurs à ceux des autres pays. De plus, elles n’accueillent pas à leur table que les nations qui ont atteint leur seuil de

« développement ». La seconde remarque est les moyens dont elles se servent souvent pour dominer les autres, représenteraient, selon nous, analogiquement, les « morceaux de pain » qui manquent aux pays appauvris..Par rapport à ces besoins, l’Eglise, notamment les serviteurs de l’éthique chrétienne doivent s’entendre dire les mots de Jésus :

« Donnez-leur vous-mêmes à manger » (Jn 6, 27) en les amenant à ne pas oublier le pain de la vie éternelle (Mt 14, 16). Celui-ci, c’est l’ensemble des valeurs évangéliques sans lesquelles la production des biens, l’acquisition et l’utilisation des armes ne contribuent pas à promouvoir un ordre de justice et de paix dans le monde.

Les pays du Sud doivent œuvrer pour connaître le seuil de développement qui leur permettrait de prendre place à la table des grandes puissances. A travers l’éthique sociale et le témoignage, l’Eglise doit amener les pays appauvris à acquérir les biens qui leur font défaut ainsi que les valeurs éthiques et évangéliques dont les grandes puissances ne font pas preuve, sur le plan international, dans l’utilisation de leurs richesses et de leur armement.

Et comme, il n’est pas certain que les victimes d’aujourd’hui ne deviennent pas les bourreaux de demain ni de nouveaux complices des pratiques injustes décriées, l’Eglise devra aussi promouvoir, d’une part une éthique de l’évangélisation du cœur et des organisations économiques ; et de l’autre, une éducation à l’obligation pour tous de trouver une alternative à l’ordre politico- économique actuel. Toutes les initiatives dans ce domaine et toute stratégie visant aussi l’évangélisation des « maîtres de ce monde » seront encouragées.

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